La séparation du Saïan Supa Crew après le troisième album a laissé un goût amer dans la bouche des fans… Pour les membres du groupe, ce split soudain a marqué la fin d’un rêve et l’obligation de se réinventer. C’est ce qu’a fait Sir Samuel avec son nouvel album Gallery.
Déjà en 2005, Sir Samuel s’était fait la main avec un solo au titre créole, Vizé Pli O’. Un petit clin d’œil reggae à ses origines antillaises. Honnête et lucide, Samuel l’admet : la fin du Saïan a été un moment déterminant dans sa vie d’artiste. « Ça m’a coupé les jambes, mais ça ne m’a pas dégoûté du business. Ma crainte était de retourner au silence. Et puis j’avais l’impression d’avoir vécu un échec. Comme dans un couple, quand tu sais que tu laisses partir la femme de ta vie pour des conneries. Aucun d’entre nous ne pensait que ça allait finir ». La reconstruction démarre en compagnie de Féfé, celui dont Sir Samuel est le plus proche et qu’il va coacher pendant le temps de préparation de son album Jeune À La Retraite.
« On a retrouvé le goût de créer, sans codes. On a fait une trentaine de titres, dont la moitié a fini sur l’album. C’était un réel plaisir. Féfé m’a demandé de mettre mes affaires en stand-by. Et comme on est amis avant tout, je me suis penché chaque jour, pendant un an et demi, sur son disque. J’étais son miroir ». Puis Samuel écrit, compose, retrouve l’inspiration pour son propre compte. Son but : ne plus chercher la vaine performance technique, mais aller vers plus de naturel en mixant reggae, rap et chanson française. « Plus ça va et plus je vais vers la chanson française ou urbaine. On a trente ans, on est susceptible d’incarner la variété de demain. J’assume ça, j’en ai envie. Je veux qu’il y ait un Jean-Jacques Goldman chez nous, que ce soit moi, Féfé ou un autre, mais qu’il y ait cette reconnaissance des valeurs du hip hop, qu’on arrive à le diluer pour le plus grand public, sans mettre de masques ».
Afin de concrétiser cette vision, Sir Samuel s’entoure de musiciens venus d’horizons variés, de la variété au jazz en passant par le reggae. Johan Dalgaard, pianiste/compositeur qui a travaillé avec Johnny et Gaétan Roussel, coréalise l’album avec lui. Le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, le bassiste Michel Alibo, le guitariste Stéfane Goldman ou encore le batteur Franck Mantégari, font partie de ceux qui vont façonner le son Samuel modèle 2011. « Des artistes qui n’hésitent pas à se pencher sur des choses moins érudites que leurs musiques de base. Ils sont généreux, j’ai adoré travailler avec eux. L’album mélange programmations et acoustique. Il y a toujours une boucle qui traîne dans mes musiques, peut-être l’héritage du hip hop, en tout cas j’ai besoin de ça. Même sur scène, un séquenceur tourne en permanence ».
Mixées au studio Twin par Mitch Olivier, les quatorze chansons de Gallery témoignent de l’éclectisme de Sir Samuel, qui chante, rappe et toaste avec la même aisance. Sur « Anissa », il évoque une rupture difficile. Clé d’une meilleure compréhension de la chanson : ce prénom est aussi l’anagramme de… Saïan. « Mon Hall », chanson acoustique habillée d’une guitare sèche et de choeurs discrets, raconte avec finesse l’ennui et la solitude en bas des blocks. « Mental Offishall », le premier single, accueille la voix chaude de Féfé. Deux autres invités sont présents, le vétéran virtuose du hip hop Busta Flex sur « Carnaval » et le jeune chanteur reggae Little Dan sur « Dire je t’aime ». Avec « Prendre le large », Sir Samuel aborde avec tact et émotion le sujet des enfants soldats. « Je me présente, je n’ai que huit ans/Je connais déjà la guerre, c’est mon travail ». Un texte écrit à la première personne, bouleversant mais pas larmoyant pour autant. « J’ai des enfants, je vois la facilité avec laquelle on peut les guider vers le bon ou le mauvais chemin. Après avoir vu le film Blood Diamond et avoir discuté avec ma fille de neuf ans, j’ai écrit ce texte avec le sourire, comme si c’était normal. Je ne voulais pas que ça soit plaintif. Un enfant c’est joyeux, peu importe ce qu’il fait. C’est ça qui est grave avec les enfants soldats ».
Pas de masque pour Sir Samuel, pour qui ce Gallery représente un instantané, la photo d’un sentiment musical spontané. « J’ai bouclé la parenthèse hip hop, j’ai été chercher ce que je suis, un enfant du Top 50. Je n’ai plus peur d’aller vers les choses qui me divertissent ».
Olivier Cachin |